| L’en corps du psychanalyste |
| sommaire du numéro 47 Automne 2021 |
L’enseignement de Lacan ne se déroule pas sans de multiples et variables références au corps. Il n’y en a pas pourtant de théorie achevée et ces références sont toujours en relation avec d’autres termes.
Selon son propre dire Lacan introduit une « nouvelle articulation » en énonçant « L’Autre c’est le corps. » (Logique du fantasme, 10 mai 1967). Un peu plus tard il précise que le corps c’est ce qu’on a, qui consiste, et non ce qu’on est (qui relève du signifiant). La référence au corps est aussi associée à celle de la jouissance (« Pour jouir il faut un corps », 4 novembre 1971), définie comme accroissement de tension au-delà du plaisir (qui de ce fait ne devient plus un Principe). Le sujet se trouve au disjoint du corps et de la jouissance.
La jouissance diffuse dans les dit-mensions symbolique, imaginaire, réelle. Il y a donc, écrit Lacan, un corps du symbolique (« corps incorporel qui en s’incorporant vous donne un corps », c’est le lieu de l’Autre du savoir inconscient d’où l’être du sujet se définit comme signifiant qui manque), un corps de l’imaginaire (fonction de l’image miroir au regard de la prématuration de la naissance), un corps du réel (la vie et la mort, le non-rapport sexuel, « l’Autre ne pouvant être que l’Autre sexe »).
A partir de là, se pose la question de l’articulation de ces trois corps selon un nouage borroméen où le corps est considéré comme torique.
Il nous revient aujourd’hui de reparcourir ce cheminement original de Lacan et d’en tirer des conséquences pour un certain nombre de questions qui sont des enjeux pour la psychanalyse.
Signalons-en quelques-uns.
Celui de comment s’opèrent ces nouages de RSI avec le corps.
Celui du maniement du transfert sachant que l’analyste ne peut pas être « abattu » (erschlagen) in absentia ou in effigie, comme le reconnaissait déjà Freud, et que « l’analyste doit avoir des mamelles » (Lacan), ce qui obvie à la téléanalyse. Le transfert se manie, pas sans la « présence » de l’analyste, dans l’opposition avec le désir de l’analyste visant à écarter l’idéal I de l’objet a, ou encore l’être du sujet du signifiant (le sujet supposé savoir) de l’avoir un corps. L’idéalisation faisant barrage au destin sublimatoire de la pulsion.
Celui de l’interprétation du symptôme comme « événement de corps » (« Joyce le symptôme »), en particulier dans la psychose.
Celui de l’appréciation de la notion de traumatisme et de l’incidence du surmoi comme entrée très précoce du signifiant dans le corps.
Celui de notre relation à la seconde mort et au vivant.
Celui des impasses du freudo-lacanisme (par exemple dans l’interprétation de la pulsion de mort) ou d’un certain culturalisme dans la psychanalyse qui pourrait être favorisé par la généralisation du modèle d’une téléanalyse en échappant de ce fait à une modération par la présence de l’analyste.
La vérité du corps :Inconscient et jouissance du corps. En suivant le corps textuel d’une leçon de Lacan
Ecriture psychosomatique et pandémie
L’en corps et la règle analytique
La frontière de l’être parlant
À corps et à cri. Lulu de Frank Wedekind : le mythe de la femme fatale revisité
Du nouage des corps : en ère pandémique
Apologue pour une imagination de l’angoisse. Lacan, Blanchot et le regard de la mante religieuse
La jouissance du mal : la démocratie en question
Le signe, la métaphore et le symptôme
En pure perte. Jouissance de la mélancolie
La confusion des incestes dans les théories et dans la réalité
Lectures
Guy Le Gaufey, Le cas en psychanalyse. Essai d’épistémologie clinique
Jacques le brun, La chapelle de la rue blomet
Michael Gerard Plastow, Sabina Spielrein, poésie et vérité. L’écriture et la fin de l’analyse, Traduit de l’anglais par Clara Konfinoff
Gisèle Chaboudez, Féminité singulière
André Meynard, Rencontre avec l’étrangeté du langage. Psychanalyse, enfance sourde et création artistique