| Le cas du psychanalyste et son objet |
| sommaire du numéro 55 Automne 2025 |
Si l’on veut bien ne pas réduire le récit de cas clinique à une vignette ornementale dont on pourrait tout autant se passer, comment le situer dans la structure ?
Du latin « casus », « ce qui choit », le cas est identique à la nature cessible de l’objet a. Il rejoint également ce qui tombe, « ptôsis », dans la dimension du sym-ptôme. Le cas fait accident. Bon heurt ou mal heurt, ce qu’il a de réel fait évènement par la voie du possible ou de la contingence, soit ce qui cesse de ne pas s’écrire.
Parler de « cas clinique » confine au pléonasme puisque le cas c’est la clinique au sens vrai du clinamen de Lucrèce qui désigne, dans une pluie d’atomes parfaitement parallèles, l’élément d’exception dont la chute inclinée fait accident et rencontre afin que quelque chose advienne enfin à l’existence.
Si Lacan ne donnait pas d’exemples cliniques, il ne faisait pas moins cas de la clinique. Il le revendiquera, dans son « Introduction à l’édition allemande des Écrits », en rappelant que bien qu’il ne prodigue pas les exemples, lorsqu’il s’en mêle il les porte au paradigme (cf. le cas qu’il fait du rêve de la « belle bouchère », d’Hamlet, de l’invidia augustinienne, etc.). Quant à la nomination du cas lui-même, comment ne pas voir avec quelle rigueur clinique, bien différente d’un souci déontologique d’anonymisation du cas, Freud choisissait d’épingler ses cas dits « l’homme aux loups » et « l’homme aux rats », à partir d’un trait singulier, à savoir le nom de la créature de la phobie symptomatique de l’un ou de l’objet anal du fantasme de l’autre. Lacan suivra cette ligne en sur-nommant Joyce, le Symptôme, à la manière du vocabulaire de la pègre : Jésus-la-Caille, Pierrot le fou, Raymond la science, etc.
Pourtant que penser du fait que Freud ait fini par renoncer au recours aux grands cas paradigmatiques pour transmettre la clinique analytique et que Lacan ne commentera plus de cas détaillés après ce qu’il dit du cas de Pearl King en 1965 ? La littérature analytique, aujourd’hui, fait-elle cas de la clinique ou recourt-elle plutôt à des exemples ? Quel destin a eu l’attente de Lacan, exprimée dès La relation d’objet, quant à l’avenir dans l’ordre de l’analyse clinique et thérapeutique de l’évolution des cas qui devrait en passer par l’écriture rigoureuse de leurs étapes essentielles à l’aide d’une série de formules algébriques se transformant les unes dans les autres ? Par ailleurs son espoir formulé dans L’acte psychanalytique concernant la possibilité d’une nouvelle classification clinique, différente de celle de la psychiatrie classique ou moderne, forgée sur le repérage du sujet supposé savoir dans l’histoire du sujet et permettant une approche inédite de la diversité des cas, a-t-il trouvé une suite ?
Pierre Bruno (1939-2025)
Autour de King/Lacan, une tentative de renouer un dialogue
Pearl King sur le trapèze volant
Quia. Interpréter l’objet ?
Pearl King, Human Resource Manager
Le trait du cas à l’Ecole psychanalytique de Sainte-Anne.
Entre Lacan et Guattari, la monographie sur R.A.
Les entretiens préliminaires, l’objet petit a et l’acte psychanalytique
Quel cas le psychanalyste fait-il de l’écrivain ?
L’acte de transfert du secrétaire
Le suspens de la fiction transférentielle
Lectures
Frédéric Joly, La langue confisquée – Lire Victor Klemperer aujourd’hui, Paris, Premier Parallèle Poche, 2024.